A propos de l'expression créative

[PointZeroPainting]

« Lorsque nous créons nous devons nous concentrer sur l’action de peindre (ce qui se produit entre la peinture et soi), et non sur le résultat. L’important, ce n’est pas le produit, c’est nous. Si on fait les choses pour nous-même, alors on éprouve immédiatement un sentiment de plénitude.

 

Mais aujourd’hui, nous en sommes arrivés à croire qu’il n’y a guère en nous que ce que nous ont enseigné nos parents, nos professeurs,… Et nous pensons que la seule chose que nous sommes capables de faire, c’est de restituer cette information, en l’arrangeant « à notre sauce ». Nous croyons même qu’il est nécessaire d’apprendre des règles et des techniques pour exercer sa créativité.

La créativité n’a besoin d’aucun apport extérieur. Elle est là, en nous, depuis notre naissance. C’est pour cela que les enfants, dès leur plus jeune âge, déplacent, assemblent les objets, jouent, gribouillent,… Cette façon de s’exprimer et de jouer sont encore là chez l’adulte, mais souvent profondément enfouie.

 

Nous avons souvent tendance à vouloir peindre quelque chose de profond, d’essentiel,… Moi, je dis aux gens : « Peignez juste une petite chose – un point, une ligne, quelques traits,…- du moment que vous y mettez une totale sincérité. Plutôt que de vous battre pour faire sortir une chose importante, laissez les choses se faire, tout simplement. Et c’est déjà énorme : c’est le premier geste que vous laissez venir du plus profond de vous, sans écouter toutes vos « règles intérieures ».

 

Après tout, nous ne pouvons pas savoir ce que nous allons peindre. Ce qui vient réellement de votre créativité ne peut être qu’une surprise, quelque chose à quoi vous n’auriez pas pu penser. Et c’est ce à quoi nous résistons le plus. Nous voulons savoir où nous allons, pourquoi nous faisons ça ou ça, et ce que nous allons en retirer. Nous voulons tout maîtriser. Or, être créatif, c’est aussi s’habituer à être un peu perdu. Si nous sommes toujours habités par l’idée de ce que nous voulons faire, il n’y a pas de place pour le nouveau.

 

Dans chaque peinture, il y a toujours un moment où nous ne savons plus où aller, comment continuer. Ces moments difficiles sont très importants : ils indiquent que quelque chose est en train de naître. C’est comme une plante : la graine qui germe se trouve sous la surface du sol. Dans ces moments-là, j’encourage les gens à continuer à peindre. En creusant en eux-mêmes, ils vont découvrir qu’après chaque moment difficile, il y a une ouverture. C’est ainsi que loes surprises arrivent et que l’on se révèle à soi-même. Ce qui se passe après ces moments difficiles ne ressemble à rien d’autre, c’est un sentiment qui rend chaque chose très vivante.

 

Etre créatif, c’est vraiment ne faire que ce qu’on a envie de faire. Mais c’est en fait très difficile. Parce que c’est là qu’on découvre que nous ne savons pas ce que nous voulons. Pour la plupart des gens, oser est très difficile. Nous avons perdu le contact avec cette impulsion, ce désir de nous relier à nous-même d’une manière plus profonde que par la pensée.

C’est très important de trouver le bon endroit pour peindre de cette façon, un endroit où il n’y a ni jugement, ni comparaison, ni critique. C’est pourtant une condition essentielle pour explorer de nouvelles perceptions.

 

La créativité n’est pas réservée à un seul sujet, comme la peinture. Lorsqu’elle s’éveille, elle se déploie dans tous les domaines. C’est pour cela que c’est si important de la laisser s’exprimer. »

Michèle CASSOU in City Arts